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17 janvier 2025
Perspective d’expert
Au cours des derniers mois, la communauté médicale a observé une augmentation alarmante des cas d’infection par le streptocoque du groupe A invasif (SGAi) dans le monde entier. Ce développement a ravivé les préoccupations concernant le potentiel pathogène du streptocoque du groupe A (SGA) et sa capacité à causer des maladies graves, souvent mortelles.
Le Streptococcus pyogenes, également connu sous le nom de SGA ou Strep A, est une bactérie couramment présente dans la gorge humaine et sur la peau. Elle cause un éventail de maladies, le plus souvent des infections légères comme la pharyngite (infection à streptocoques de la gorge), l’impétigo et la scarlatine1.
Les infections invasives se produisent lorsque les bactéries pénètrent dans un site normalement stérile du corps, comme la circulation sanguine, les muscles ou les poumons, entraînant des maladies potentiellement mortelles comme la fasciite nécrosante, le syndrome de choc toxique streptococcique (SCTS), la bactériémie et les maladies à médiation post-immunitaire, comme la glomérulonéphrite post-streptococcique, la fièvre rhumatismale aiguë et la cardiopathie rhumatismale1.2 .
La pathogénicité du SGA est reconnue depuis des siècles. Cependant, ce n’est qu’au 19e siècle que la bactérie a été identifiée et liée à des maladies spécifiques2. Au fil des ans, l’incidence des infections par le SGA a fluctué, avec des éclosions notables au début du 20e siècle et une résurgence dans les années 19802. Les progrès réalisés en matière d’antibiotiques et de mesures de santé publique ont généralement permis de contrôler les infections par le SGA, mais la récente hausse des cas de SGAi indique un besoin essentiel pour une vigilance renouvelée.
Scarlatine, illustration tirée d’un livre « Warren’s Household Physician » de 1885.
Les données épidémiologiques ont indiqué une augmentation significative du nombre de cas de SGAi en Europe, y compris en France, en Irlande, aux Pays-Bas, en Suède et au Royaume-Uni en 20221. Les enfants de moins de 10 ans étaient le groupe le plus touché par ces éclosions.
L’Australie a connu une augmentation post-pandémie similaire3 et le Canada a vu plus de 4 600 cas de SGAi en 2023, une augmentation de 40 % par rapport au pic annuel précédent4.
Aux États-Unis, la région métropolitaine de Denver au Colorado et l’ensemble de l’État du Minnesota ont observé une résurgence des cas de SGAi à l’automne 2022, en particulier chez les enfants et les adolescents5 et plus d’une douzaine d’enfants ont reçu un diagnostic d’infections à SGAi dans un hôpital pour enfants en Caroline du Sud au cours des 5 premiers mois de 20236.
Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis ont signalé que les taux de maladie grave causée par le SGA augmentaient depuis 2014, mais le nombre d’infections graves causées par le SGA a atteint un sommet sur 20 ans en 20237. Selon les CDC, il y a eu entre 20 000 et 27 000 cas de SGAi par an aux États-Unis au cours des 5 dernières années, entraînant environ 2 000 décès chaque année7.
Une éclosion en cours au Japon a enregistré 977 cas de SCTS au cours de la première moitié de 2024, dépassant ainsi l’ancien record de 2023 de 941 infections préliminaires8. Un nombre record de 77 décès en raison d’un SCTS lié au SGAi a été signalé au cours des trois premiers mois de 2024, approchant les 97 décès causés par le SCTS l’an dernier, qui était le deuxième plus grand nombre de décès depuis 20198.
Des résurgences de la pharyngite à SGAi et à SGA ont été observées vers la fin de la pandémie de COVID-193.6.9. Une hypothèse pour cette tendance est un manque d’exposition au SGA en raison de la distanciation sociale et d’autres mesures de sécurité mises en œuvre pendant la pandémie, ce qui aurait entraîné un système immunitaire non préparé après la pandémie. Cela est particulièrement vrai pour les enfants d’âge scolaire de moins de dix ans qui peuvent avoir subi ces impacts pendant les années critiques du développement immunitaire.
Les changements dans les bactéries elles-mêmes auraient également pu jouer un rôle. L’émergence d’un nouveau variant de Strep A, appelé « variant M1UK », a été signalée pour la première fois en 2019 et est liée à une augmentation marquée des infections invasives, des poussées saisonnières de scarlatine et de l’expression d’une toxine superantigène10. Cette souche a été liée à des cas d’infections invasives graves en Australie et ses isolats ont été détectés dans plusieurs pays10, ce qui indique que cette forme plus virulente de Strep A pourrait entraîner une augmentation des infections graves par le SGA.
Quelle est le lien entre le SGA et le SGAi?
Le lien entre la pharyngite à SGA et le SGAi n’est pas bien établi. En effet, c’est une croyance courante que le SGAi résulte principalement d’une colonisation ou d’infections cutanées, et rarement de sources pharyngées, ce qui remet en question l’utilité des tests de dépistage de la pharyngite à SGA comme moyen de limiter le SGAi. Ce paradigme a toutefois été contesté, car les souches causant des infections invasives sont les causes les plus fréquentes de pharyngite à SGA11 et des taux élevés de transmission de la gorge à la peau ont été signalés12.
On a observé un large chevauchement entre les souches causant une infection non invasive chez les enfants et les souches contemporaines causant le SGAi, et les mêmes souches causant le SGAi et la pharyngite ont été liées épidémiologiquement et regroupées dans la même éclosion9,11.
Enfin, l’ensemencement direct du SGAi à la suite d’une infection pharyngée est de plus en plus décrit, en particulier chez les enfants. Une étude récente de la Health Security Agency du Royaume-Uni a examiné la hausse des infections des voies respiratoires inférieures à SGAi au Royaume-Uni13. Cette communication a souligné que le mauvais diagnostic ou le diagnostic tardif de la pharyngite à SGA peut avoir des conséquences mortelles. Parmi les 147 enfants décédés d’infections des voies respiratoires inférieures à SGAi, 127 (86 %) ont fréquenté un service d’urgence et 31 % d’entre eux se sont présentés au moins deux fois dans les 21 jours suivant l’apparition des symptômes. Et pourtant, sur les 32 enfants avec des dates d’échantillonnage, 16 n’ont pas été testés pour le SGA jusqu’au jour de leur décès ou après.
Que peuvent faire les professionnels de la santé pour surveiller et prendre en charge le SGAi?
Les infections à SGA invasives sont des infections mettant la vie en danger qui nécessitent une reconnaissance précoce, un traitement agressif et des traitements spécifiques pour une prise en charge réussie2. Une surveillance accrue et des rapports rapides sont essentiels pour la détection et le contrôle précoces des éclosions de SGAi. Les cliniciens doivent surveiller avec vigilance les signes et symptômes d’infections à SGA graves, en particulier chez les populations à risque élevé : les enfants et les personnes âgées, les personnes immunodéprimées et les personnes atteintes de maladies chroniques. Ils doivent également signaler rapidement les regroupements de cas aux autorités de santé publique pour faciliter les enquêtes sur les éclosions et mettre en œuvre des mesures de contrôle7.
Compte tenu de la progression clinique rapide de la maladie, la prise en charge efficace des infections à SGAi repose sur un diagnostic précoce et l’instauration rapide de soins de soutien (souvent des soins intensifs) en association avec un traitement antibactérien2.
Compte tenu des liens épidémiologiques entre le SGA et le SGAi, on peut supposer que le fait de prendre en charge la pharyngite à SGA par une détection et une intervention précoces réduirait le fardeau total du SGA et, par conséquent, réduirait le risque d’infections invasives.
Conclusion
Bien que le SGAi soit relativement rare, les récents pics d’infections méritent notre attention. Les cliniciens jouent un rôle essentiel dans la détection précoce, le traitement et la prévention du SGAi. En restant informés des tendances actuelles, en utilisant des techniques de diagnostic rapide et en adhérant à des stratégies de prise en charge fondées sur des données probantes, les fournisseurs de soins de santé peuvent atténuer l’impact de cette menace réémergente.
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